La clinique de l’activité :
comprendre et transformer le travail réel
Développée par Yves Clot et son équipe au CRTD du CNAM depuis les années 1990, la clinique de l’activité est l’une des approches les plus influentes de la psychologie du travail contemporaine. Elle propose une lecture inédite du rapport entre travail, santé et développement — et une méthode d’intervention radicalement ancrée dans le réel du métier.
Il est dix-sept heures dans un atelier de carrosserie. Deux ouvriers regardent, sur un écran, les images de leur propre travail filmé la semaine passée. L’un montre un geste, l’autre l’interrompt : « Non, moi je fais pas comme ça. Attends, je vais t’expliquer pourquoi. » Ce qui suit n’est pas une simple discussion technique. C’est le travail qui se met à penser sur lui-même. C’est, en substance, ce que la clinique de l’activité cherche à provoquer.
Depuis les années 1990, Yves Clot a bâti un cadre théorique et méthodologique qui rompt avec l’idée que la souffrance au travail se réduit à l’inadaptation d’un individu à une organisation. Son pari : ce qui use les travailleurs, ce n’est pas seulement le travail qu’on leur impose, c’est souvent le travail qu’on les empêche de bien faire. Et la santé, dans cette perspective, n’est pas l’absence de maladie — c’est la capacité à agir, à normer, à transformer son milieu.
1. Genèse et ancrage institutionnel
La clinique de l’activité naît à la croisée de plusieurs traditions intellectuelles et d’un contexte institutionnel singulier. Yves Clot, psychologue du travail, rejoint le Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) à Paris à la fin des années 1980. Il y hérite d’une chaire de psychologie du travail marquée par la psychodynamique du travail de Christophe Dejours, mais il cherche à construire sa propre voie.
En 1999, il fonde au sein du CRTD — Centre de Recherche sur le Travail et le Développement — l’équipe Psychologie du travail et clinique de l’activité. Katia Kostulski, Bernard Prot, Livia Scheller, Gabriel Fernandez, Jean-Yves Bonnefond et Antoine Bonnemain en constituent les figures majeures. Depuis le départ en retraite d’Yves Clot en 2020, l’équipe est dirigée par la Professeure Katia Kostulski.
Le CRTD — Centre de Recherche sur le Travail et le Développement
Unité de recherche (EA 4132) du CNAM, le CRTD regroupe plusieurs équipes travaillant sur les rapports entre activité humaine, développement et santé. Reconnu officiellement en mars 2007, l’équipe clinique de l’activité y est historiquement la plus productive, avec des terrains d’intervention allant de la SNCF aux hôpitaux, en passant par les services de propreté de Paris, les caisses de retraite ou la police nationale.
Ce qui distingue d’emblée la clinique de l’activité, c’est son refus de séparer la recherche de l’intervention. On ne peut vraiment comprendre le travail qu’en acceptant de le transformer — et on ne peut le transformer durablement qu’en le comprenant de l’intérieur, avec ceux qui le font.
2. Les fondements théoriques : une généalogie exigeante
La clinique de l’activité se construit explicitement sur trois piliers théoriques majeurs, en dialogue constant avec l’ergonomie française et la psychopathologie du travail.
La psychologie historico-culturelle de Vygotski et Léontiev
Lev Vygotski (1896–1934) est au cœur de la démarche. Clot reprend sa notion de zone de développement potentiel — entre ce qu’un sujet fait seul et ce qu’il peut faire avec l’aide d’autrui, il y a un espace de transformation possible — et l’applique non à l’enfant, mais au professionnel et au collectif de travail. Alexeï Léontiev apporte la théorie de l’activité : toute activité humaine s’organise en trois niveaux — l’activité (orientée vers un motif), l’action (orientée vers un but conscient) et l’opération (automatisée). Cette architecture permet de comprendre comment le sens d’un travail peut se perdre quand motifs et buts se dissocient.
Le dialogisme de Bakhtine
Mikhaïl Bakhtine est convoqué pour sa conception du dialogue : tout discours est habité par d’autres voix, orienté vers un destinataire, traversé par des contradictions. La clinique de l’activité reprend cette idée : le travail lui-même est un dialogue — entre le professionnel, ses collègues, les destinataires de son activité, et l’histoire de son métier. Les méthodes développées par Clot visent précisément à ranimer ce dialogue là où il s’est appauvri ou bloqué.
La conception de la santé selon Canguilhem
Georges Canguilhem définit la santé non comme une norme fixe, mais comme le pouvoir de tomber malade et d’en guérir, comme la capacité à instituer de nouvelles normes de vie face aux épreuves. Se sentir en bonne santé, écrit-il, c’est « se sentir plus que normal ». Clot s’en empare pour affirmer que la santé au travail, c’est le pouvoir d’agir sur son milieu — et que la maladie commence quand ce pouvoir est durablement confisqué.
Dialogue avec la psychopathologie du travail et l’ergonomie
Avec Christophe Dejours et la psychodynamique du travail, la clinique de l’activité partage le primat de la subjectivité et l’attention à la souffrance. Mais elle s’en distingue : là où Dejours met l’accent sur les mécanismes de défense psychiques face à l’organisation du travail, Clot se concentre sur l’activité elle-même — sur ce que font vraiment les travailleurs — et sur son développement possible plutôt que sur son endurance pathologique.
Avec l’ergonomie francophone (Alain Wisner, Jacques Leplat), la clinique de l’activité partage la distinction centrale entre travail prescrit et travail réel. Mais elle va plus loin en introduisant le réel de l’activité : ce qui, dans le travail, résiste, échappe, ne se voit pas — et qui est précisément ce qu’il faut viser.
3. Les concepts fondamentaux
Activité réalisée et réel de l’activité
C’est la distinction cardinale. L’activité réalisée, c’est ce qui s’observe : les gestes, les actes, les procédures effectivement mises en œuvre. Le réel de l’activité, notion propre à Clot, est infiniment plus large : c’est aussi « ce qui ne se fait pas, ce qu’on ne peut pas faire, ce qu’on cherche à faire sans y parvenir — les échecs, les doutes, les hésitations, ce qu’on aurait voulu faire autrement. » L’activité réalisée n’est qu’une actualisation parmi d’autres activités possibles. Comprendre le travail, c’est accéder à ce qui a été écarté, contrarié, empêché.
« L’activité réalisée est toujours moins que l’activité réelle. Ce qui ne s’est pas réalisé, ce qui a été refoulé, ce qui aurait pu se faire autrement : tout cela appartient aussi au réel du travail. »— Yves Clot, Travail et pouvoir d’agir, PUF, 2008
Genre professionnel et style personnel
Le genre professionnel est la mémoire collective d’un métier : l’ensemble des façons de faire, de dire, de se tenir qui font qu’on reconnaît un professionnel comme appartenant à un groupe. Ce n’est pas une règle écrite mais une culture tacite, un fond transpersonnel de l’activité. Le style personnel, c’est la manière dont chaque professionnel s’approprie ce genre, l’interprète, le détourne, l’enrichit. La santé au travail suppose un espace de jeu entre genre et style. Quand les genres s’appauvrissent (parce que les collectifs se fragmentent, que le travail s’isole), les styles individuels se fragilisent avec eux.
Genre, style et santé : un exemple concret
Dans une étude sur les conducteurs de tramway, Clot et son équipe observent que les conducteurs développent des manières très différentes de gérer un conflit avec un usager. L’un freine doucement et attend, l’autre interpelle d’une formule précise, un troisième ignore et repart. Ces variations constituent le style de chacun.
Mais derrière ces styles, il y a un fond commun : un ensemble de gestes reconnus dans le métier, une façon partagée de « tenir » face à l’imprévu. Quand ce fond s’érode (parce que les conducteurs ne se voient plus, ne parlent plus de leur travail), chacun se retrouve seul face aux situations difficiles — et la santé se dégrade. Restaurer les débats de métier sur ces situations, c’est reconstituer du genre — et donc fournir à chacun les ressources pour développer son style.
Le pouvoir d’agir
Notion centrale directement inspirée de Spinoza via Vygotski, le pouvoir d’agir désigne la capacité d’un sujet à être la cause de ses actions, à avoir une prise sur ce qu’il fait et sur son milieu. Ce n’est pas l’autonomie au sens libéral (faire ce qu’on veut), mais la puissance d’un sujet à se développer, à normer son activité. Clot distingue le pouvoir d’agir sur soi (transformer ses propres façons de faire) et le pouvoir d’agir sur la situation (influer sur l’organisation du travail, les outils, les conditions).
L’activité empêchée : le cœur de la souffrance
Clot affirme que la souffrance au travail naît moins du travail lui-même que du travail empêché : la situation où l’on ne peut pas faire le travail qu’on voudrait faire, qu’on sait pouvoir faire, qu’on considère comme « bien fait ». Un soignant qui n’a pas le temps de s’asseoir au chevet d’un patient. Un enseignant dont les cours sont interrompus par des procédures administratives. Un contremaître qui doit signer des documents dont il sait qu’ils falsifient la réalité terrain. Ce n’est pas le travail qui épuise — c’est l’impossibilité de bien le faire.
Le collectif de travail et les débats de métier
La clinique de l’activité est profondément anti-individualiste. Elle postule que le sujet au travail n’est pas un individu isolé mais un sujet collectif. La vitalité d’un collectif de travail se mesure à sa capacité à débattre du travail : à se disputer sur les bonnes façons de faire, à produire des controverses professionnelles, à mettre en commun les dilemmes et les trouvailles. L’appauvrissement de ces débats — souvent lié à la managérialisation des organisations — est un facteur direct de dégradation de la santé.
4. La démarche d’intervention : principes et éthique
La clinique de l’activité est une intervention-recherche. Elle refuse la séparation entre produire des connaissances et transformer les situations. L’intervention commence toujours par une demande émanant des acteurs de terrain. Sans demande, pas d’intervention. L’intervenant ne vient pas apporter des solutions de l’extérieur : il co-analyse le travail avec les professionnels, en s’inscrivant dans une temporalité longue — souvent plusieurs mois, parfois plusieurs années.
Ni expert, ni thérapeute : un tiers médiateur
Le clinicien de l’activité n’est pas l’expert qui sait ce qui est bon pour l’organisation. Il n’est pas non plus le thérapeute qui prend en charge la souffrance individuelle. Il est un tiers médiateur : il crée les conditions d’un dialogue que les acteurs ne pouvaient pas avoir seuls, il « branche » le collectif sur son propre travail. Sa compétence est une compétence de mise en situation, pas de prescription. Cette posture exige une neutralité bienveillante, une capacité à supporter l’ambiguïté, et une grande vigilance sur ses propres projections.
5. Les méthodes : l’outillage de la clinique
Ces méthodes sont dites indirectes : elles n’observent pas le travail directement, mais passent par un détour — la vidéo, le dialogue, le scénario hypothétique — pour atteindre ce qui ne se voit pas à l’œil nu.
L’autoconfrontation simple
Chaque professionnel est invité à regarder seul les images de son propre travail, en présence du chercheur. Il commente, explique, justifie, s’étonne parfois de ses propres gestes. Ce dispositif permet d’accéder au réel de l’activité : tout ce qui a guidé l’action mais n’était pas visible de l’extérieur — les doutes, les calculs implicites, les arbitrages invisibles.
L’autoconfrontation croisée : la méthode phare
L’autoconfrontation croisée réunit deux professionnels et le chercheur. Chacun commente successivement les images de l’activité de l’autre. Ce renversement crée une arène dialogique où des controverses professionnelles deviennent possibles. Deux styles différents face à une même situation entrent en collision, faisant surgir le genre collectif. Les professionnels ne discutent plus seulement de leur travail : ils travaillent sur leur travail.
Les quatre phases de l’autoconfrontation croisée
Phase 1 — Co-conception : Les chercheurs et les professionnels définissent ensemble les situations de travail à filmer. C’est le collectif qui désigne ce qui lui semble significatif ou problématique.
Phase 2 — Enregistrement vidéo : Les activités de chaque professionnel sont filmées en situation réelle. Le chercheur n’intervient pas.
Phase 3 — Autoconfrontation simple : Chaque professionnel regarde seul les images de son activité et les commente avec le chercheur. Ces entretiens sont eux-mêmes filmés.
Phase 4 — Autoconfrontation croisée : Deux professionnels se retrouvent ensemble. Chacun commente l’activité filmée de l’autre. Le chercheur sollicite systématiquement le professionnel dont on ne voit pas l’activité à l’écran. Les controverses entre styles d’action constituent le matériau central.
L’instruction au sosie
Héritée des travaux d’Ivar Oddone en Italie, l’instruction au sosie invite un professionnel à expliquer à un collègue comment il devra se comporter à sa place le lendemain matin. « Si tu devais me remplacer demain, explique-moi exactement comment te comporter avec tes collègues, dans telle situation… » Cette mise en scène hypothétique rend explicite ce qui ne l’est jamais : les façons d’être au travail, les règles implicites, les compromis habituels entre ce qu’on veut faire et ce qu’on peut faire.
Les débats de métier
Ces méthodes débouchent sur des débats de métier : des échanges collectifs organisés autour des situations filmées, où les professionnels discutent des dilemmes de leur travail et des critères de qualité. Ce ne sont pas des soupapes de décompression : ce sont des outils de développement du collectif.
Entretien individuel sur la vidéo de sa propre activité. Accès au réel de l’activité, aux intentions cachées et aux arbitrages implicites.
Deux pairs commentent mutuellement leur activité filmée. Crée des controverses professionnelles révélatrices du genre et du style.
Expliquer à un « sosie » comment se comporter à sa place. Rend explicite la dimension tacite et les tensions du métier.
Discussion collective organisée autour des situations. Développe les ressources communes et les normes partagées du travail bien fait.
6. Applications dans les milieux professionnels
L’industrie et la prévention des TMS
Les interventions à la SNCF et dans l’industrie automobile ont montré que les troubles musculo-squelettiques ne s’expliquent pas seulement par la biomécanique des gestes. Ils naissent aussi du fait que les travailleurs ne peuvent plus développer leur geste — l’affiner, l’économiser, le transmettre. Pascal Simonet a notamment contribué à montrer que le « geste dialogué » — élaboré collectivement, discuté, transmis — est une ressource de prévention.
Le secteur hospitalier et médico-social
Des interventions dans des EHPAD et des services hospitaliers ont mis en évidence la notion de qualité empêchée : des soignants qui savent ce qui serait bon pour leurs patients mais ne peuvent pas le faire. Cette impossible conformité à ses propres critères de qualité est identifiée comme un facteur majeur d’épuisement professionnel.
Les services publics : le cas des éboueurs de Paris
L’intervention auprès des éboueurs de la Ville de Paris, menée par Antoine Bonnemain et Jean-Yves Bonnefond, est devenue un cas d’école. Face à un taux d’absentéisme anormalement élevé, l’équipe du CNAM a mis en place des autoconfrontations croisées entre chefs d’équipe. Les controverses professionnelles qui ont émergé ont révélé des conflits de valeurs profonds sur la mission du service — et ont permis d’engager des transformations organisationnelles concrètes.
La police nationale, les magistrats, les enseignants
La clinique de l’activité a également été déployée auprès de juges d’instruction (Kostulski, 2013), d’agents de police et d’enseignants. Dans chacun de ces contextes, elle a mis en lumière les tensions entre le travail prescrit et ce que les professionnels considèrent comme le « bon travail » — révélant des dilemmes éthiques souvent niés par les organisations.
7. Clinique de l’activité et prévention des risques psychosociaux
L’équipe du CRTD propose une lecture des RPS qui tranche avec les approches dominantes. Prévenir les RPS, ce n’est pas seulement identifier et supprimer les facteurs de risque. C’est développer le pouvoir d’agir des collectifs : leur capacité à débattre de leur travail, à identifier leurs dilemmes, à peser sur les décisions organisationnelles. La prévention passe par la revitalisation du collectif de travail.
Ce que la clinique de l’activité change dans la prévention
La plupart des approches de prévention des RPS traitent le travailleur comme un individu à protéger. Elles cherchent à réduire l’exposition à des facteurs nocifs ou à renforcer les ressources personnelles. C’est nécessaire, mais insuffisant. Ce que la clinique de l’activité introduit, c’est l’idée que la santé n’est pas seulement une absence de maladie mais une capacité active. Elle ne se protège pas : elle se développe.
Elle se développe quand les travailleurs ont les moyens de débattre collectivement des critères de qualité de leur travail, de faire valoir ce qui leur semble juste, de peser sur ce qui est décidé. La clinique de l’activité fait de la qualité du travail — et non du bien-être individuel — l’axe central de la prévention. Ce glissement est fondamental : il invite à ne pas séparer prévention des RPS et qualité de service, et à traiter les espaces de discussion sur le travail comme des leviers de santé.
8. Débats, limites et controverses scientifiques
Le rapport à la psychanalyse et à Dejours
Les relations entre Yves Clot et Christophe Dejours ont été marquées par une tension intellectuelle réelle. Au fond, c’est une question épistémologique : faut-il convoquer l’inconscient et les mécanismes de défense pour comprendre la souffrance au travail, ou suffit-il d’analyser l’activité et ses conditions d’exercice ? Clot a souvent critiqué ce qu’il appelle une « psychologisation » de la question du travail, préférant rester au niveau de l’activité visible et transformable. Ce débat reste ouvert dans le champ.
La question du passage à la transformation organisationnelle
Les dispositifs d’autoconfrontation créent indéniablement des effets sur les professionnels concernés. Mais ces effets se heurtent souvent aux structures organisationnelles et aux rapports de pouvoir qui n’ont pas été modifiés. Jean-Yves Bonnefond et d’autres chercheurs de l’équipe travaillent précisément à articuler davantage l’intervention clinique avec le changement organisationnel.
L’accès à la méthode
L’autoconfrontation croisée est une méthode exigeante en temps et en compétences cliniques spécifiques. Dans de nombreux contextes organisationnels, ces conditions ne sont pas réunies. La tension entre exigence méthodologique et faisabilité reste entière.
Questions de praticien
Ce que la clinique de l’activité invite à se demander avant toute intervention
- Quelle est la vraie demande derrière la demande formulée ? Qui l’a formulée, et au nom de qui ?
- Les professionnels concernés ont-ils été associés à la définition du problème, ou seulement informés ?
- Y a-t-il des espaces de discussion sur le travail réel dans cette organisation — ou seulement sur les résultats et les procédures ?
- Ce qui est présenté comme un problème individuel (stress, turnover, absentéisme) peut-il être lu comme un symptôme d’activité empêchée ?
- Les professionnels ont-ils les moyens de faire le travail qu’ils estiment « bien fait » ? Sinon, qu’est-ce qui l’empêche ?
- Le collectif de travail est-il vivant — est-ce qu’il débat de son métier — ou s’est-il fragmenté en agrégats d’individus isolés ?
- L’intervention que je propose vise-t-elle le développement du pouvoir d’agir — ou seulement la réduction de facteurs de risque ?
🔑 Points clés à retenir
- La clinique de l’activité distingue l’activité réalisée (observable) du réel de l’activité (tout ce qui ne s’est pas fait, aurait pu se faire autrement, a été contrarié). C’est ce second niveau qui est le plus révélateur de la santé au travail.
- Le genre professionnel (mémoire collective du métier) et le style personnel (appropriation individuelle) sont les deux pôles d’une dialectique dont la vitalité conditionne la santé des travailleurs.
- La souffrance au travail naît moins du travail lui-même que du travail empêché : l’impossibilité de faire le travail qu’on considère comme bien fait est le facteur central d’épuisement.
- Les méthodes (autoconfrontation simple, autoconfrontation croisée, instruction au sosie, débats de métier) sont des méthodes indirectes qui passent par un détour pour atteindre ce qui ne se voit pas directement dans le travail.
- La prévention des RPS passe par le développement du pouvoir d’agir des collectifs — pas seulement par la réduction des facteurs de risque individuels. La qualité du travail et la santé ne sont pas séparables.
Bibliographie et ressources
Une bibliographie exhaustive classée par entrées thématiques. Les ouvrages marqués ★ constituent des lectures prioritaires pour découvrir l’approche.
Œuvres fondatrices d’Yves Clot
- ★ Clot, Y. (1999). La fonction psychologique du travail. Paris : PUF. — L’ouvrage fondateur qui pose les bases conceptuelles (genre, style, activité réelle). Incontournable.
- ★ Clot, Y. (2008). Travail et pouvoir d’agir. Paris : PUF (coll. Le Travail humain). — La synthèse théorique la plus complète. Développe le concept de pouvoir d’agir et les fondements du dialogisme.
- ★ Clot, Y. (2010). Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux. Paris : La Découverte. — L’ouvrage grand public le plus accessible. Plaide pour une approche par la qualité du travail.
- Clot, Y. (1995). Le travail sans l’homme ? Pour une psychologie des milieux de travail et de vie. Paris : La Découverte.
- Clot, Y. & Faïta, D. (2000). Genres et styles en analyses du travail : concepts et méthodes. Travailler, 4, 7–43.
- Clot, Y., Faïta, D., Fernandez, G. & Scheller, L. (2001). Entretiens en autoconfrontation croisée : une méthode en clinique de l’activité. Éducation permanente, 146, 17–27.
- Clot, Y. (2006). Clinique du travail et clinique de l’activité. Nouvelle revue de psychosociologie, 1(1), 165–177.
- Clot, Y. & Poussin, N. (2021). Le prix du travail bien fait. Paris : La Découverte.
- Clot, Y. & Perrot, É. (2024). La clinique de l’activité : une clinique du sujet debout ? Pratiques en santé mentale, 70(1), 7–13.
Travaux de l’équipe CRTD
- Bonnefond, J.-Y. & Clot, Y. (2016). Les affects et leur destin dans l’intervention. Activités. journals.openedition.org/activites
- Bonnemain, A. & Clot, Y. (2017). Clinique de l’activité : les affects dans l’autoconfrontation. In M. Santiago-Delefosse (dir.), Les méthodes qualitatives en psychologie (pp. 131–149). Paris : Dunod.
- Simonet, P. & Caroly, S. (2020). « Geste dialogué » et prévention des TMS. Varia, 83(1).
- Bonnemain, A. (2022). Travail bien fait, pouvoir d’agir et « écologie du travail ». Activités, 19(2).
- Zittoun, M. & Clot, Y. (2020). Une intervention dans un EPHAD. Psychologie du Travail et des Organisations, 26(1).
- Scheller, L. (2003). Élaborer l’expérience du travail. Thèse de doctorat, CNAM, Paris.
- Bonnefond, J.-Y. (2019). Agir sur la qualité du travail. Toulouse : Érès.
Fondements théoriques
- Vygotski, L. S. (1997). Pensée et langage. Paris : La Dispute. [1ère éd. russe 1934].
- Léontiev, A. N. (1984). Activité, conscience, personnalité. Moscou : Éditions du Progrès.
- Bakhtine, M. (1984). Esthétique de la création verbale. Paris : Gallimard.
- Canguilhem, G. (1966). Le normal et le pathologique. Paris : PUF.
- Oddone, I., Re, A. & Briante, G. (1981). Redécouvrir l’expérience ouvrière. Paris : Éditions sociales. — Origine de l’instruction au sosie.
Dialogue avec l’ergonomie et la psychopathologie
- Dejours, C. (1993). Travail, usure mentale. Paris : Bayard.
- Wisner, A. (1997). Anthropotechnologie. Paris : Octarès.
- Leplat, J. (2000). L’analyse psychologique de l’activité en ergonomie. Toulouse : Octarès.
- Lhuilier, D. (dir.) (2024). Cliniques du travail. Paris : PUF.
Revues scientifiques à consulter
- Activités — Revue franco-canadienne, open access. journals.openedition.org/activites
- Travailler — Revue internationale de psychopathologie et psychodynamique du travail.
- PISTES — Perspectives interdisciplinaires sur le travail et la santé. pistes.uqam.ca
- HAL-CNAM : cnam.hal.science — Archive ouverte des publications du CNAM.
